Il crut voir une ombre s'enfoncer dans la nuit, en direction de la rivière. Il s'élança en courant derrière elle, puis s'arrêta pour tendre l'oreille. Seul le silence lui répondit. Il continua un peu au hasard, vers la rivière, mais il avait bel et bien perdu sa trace. Il marcha jusqu'au pont et se pencha au balustre. Le clapotis serein de l'eau enrobait tous les bruits. Il contempla le reflet de la lune sur la surface métallique de l'onde et interrogea la nuit silencieuse.
" Qui est cet homme étrange ? Comment son visage tuméfié de plaies a-t-il pu se transformer en un instant ? Et comment pouvait-il lire dans ma pensée ? "
Mais la lune elle-même semblait se moquer de lui. Sur son visage rond était dessiné une sorte de sourire narquois. Amaury avant l'impression de devenir fou. Le chant lancinant de la rivière l'hypnotisait et il crut même entendre la voix de l'eau qui lui disait que l'important, c'était de vivre ardemment chaque instant qui s'écoulait. Amaury frissonna et s'aperçut que la nuit était fraîche et qu'il était sorti sans manteau. Il rebroussa chemin jusque chez lui. Là, épuisé, il s'écroula sur son lit où il s'endormit d'un sommeil de plomb.

Extrait de " Meurtres à la cathédrale "

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