Endormie avant tout le monde, Romy est aussi la première à ouvrir l'œil bien avant que ne s'annonce l'aube. Sa vie de marginale entre la nuit permanente de la cité souterraine et ses incursions dans la ville du Haut, a fait d'elle une dormeuse morcelée. Elle a senti l'appel des étoiles et se faufile dehors en silence. Elle s'amuse à reconnaître Orion, la Grande Ourse, le Petit Chien, l'Etoile du Berger, Véga et le Cygne, qui crèvent la voûte céleste de leur éclat. Juste au moment de sauter dans l'herbe odorante, elle s'immobilise en apercevant, au milieu de la clairière, Arsénius Bella assis en tailleur et parfaitement immobile. Son vêtement clair resplendit d'éclats bleutés.
Romy retient sa respiration. Il ne peut pas la voir et elle n'a fait aucun bruit. ¨
Pourtant la main du Passeur se lève lentement et l'appelle.
- Comment avez-vous su que j'était là, chuchote-t-elle lorsqu'elle l'a rejoint.
- Dans la sérénité de la nuit, le moindre souffle devient perceptible, le frôlement d'aile d'un papillon nocturne, le murmure de l'insecte qui cherche sa nourriture sous l'écorce. Regarde ! dit-il en désignant le firmament. L'homme peut faire toutes les folies, se détruire, tout détruire, mais elle sont là, tranquilles. C'est le feu de la vie qui couve en elles. Il bouillonne, même. Et c'est lui aussi qui nourrit ton corps. Le sens-tu ?
- Oui, je le sens.

Extrait de " Aldébaran 33°N, 77°E "

retour à la bibliographie